Enjeux de santé publique pour l’homme : actualités sur la leptospirose et sa prévention

Jessika TOURNEUR
Reponsable Market Access, Laboratoire IMAXIO, Lyon

La leptospirose est une maladie infectieuse sous-estimée et potentiellement grave, spécifiquement en ce qui concerne le sérogroupe ictérohémorragique.

La leptospirose : une maladie d’actualité : La leptospirose est une zoonose à déclaration non obligatoire et probablement sous-estimée. Sur le territoire français, métropole et DOM-COM, 1 389 cas de contamination à la leptospirose ont été déclarés en 2014(1). En France métropolitaine, les cas de leptospirose ont doublé ces 2 dernières années. 628 cas ont été recensés en 2014, soit plus d’un cas par jour, la plus forte incidence depuis 80 ans(1). Cette augmentation des cas pourrait, entre autres, être liée au réchauffement climatique(1,2).

La leptospirose est une maladie infectieuse potentiellement grave due à une bactérie de la famille des Spirochètes (Leptospira, Treponema, Borrelia, maladie de Lyme et Syphilis) : le leptospire. L’espèce Leptospira  interrogans est à l’origine des formes pathogènes et regroupe plusieurs sérogroupes.
Icterohaemorrhagiae, le sérogroupe le plus sévère : En France métropolitaine, le sérogroupe icterohaemorragiae est dominant (1) et est l’agent majoritaire des formes les plus sévères (3):
– La forme Icterohaemorrhagiae est impliquée dans 1/3 (4) des cas.
– Ce sérogroupe est identifié dans 2/3 des cas graves à l’hôpital en France métropolitaine (3), mais aussi dans d’autres régions du monde comme la Nouvelle Calédonie (5), et jusqu’à 91% des cas graves à l’hôpital en Martinique(6). Dans le monde, le sérogroupe icterohaemorragiae est le plus mortel, avec un taux de mortalité de 13,6% pour les cas non soignés(7).
La leptospirose : due à une bactérie résistante en milieu humide. Cette bactérie est résistante plusieurs mois dans un environnement humide, dans des eaux douces chaudes ou froides, même dans une eau à 4°C(8). Elle peut être présente chez de nombreux mammifères :
– animaux domestiques (chiens, chevaux…),
– animaux d’élevages (porcins, ovins et bovins),
– animaux sauvages (rats, ragondins, lapins, hérissons, mangoustes …).
Les rongeurs sont les principaux porteurs de la leptospirose ictérohémorragique et sont des porteurs sains. Dans l’organisme hôte, les leptospires vont se multiplier et se propager via le sang vers différents organes comme le foie, les poumons ou les reins. Les bactéries présentes dans les reins sont évacuées dans l’environnement naturel par les urines, contaminant ainsi les sols et les cours d’eau.
La leptospirose : comment la contracte-t-on ? La transmission peut s’effectuer par :
– voies directes : au contact d’animaux morts ou vivants,
– voies indirectes : au contact de l’eau souillée par les urines d’animaux contaminés.
Les leptospires peuvent pénétrer au travers de plaies, de muqueuses (oculaires, buccales, nasales, …) et même d’une peau saine macérée.
La leptospirose : une maladie difficile à diagnostiquer : Après une phase d’incubation de 2 à 20 jours, l’expression clinique se manifeste par un syndrome pseudo-grippal avec possibilité de symptômes méningés laissant supposer plusieurs maladies. Il est donc difficile de diagnostiquer cette maladie.
Les cas graves évoluent vers des atteintes rénales, hépatiques voire multi-viscérales. Dans le monde, plus d’1 millions de cas sévères sont estimés chaque année, avec un taux de mortalité d’environ
10%(1). C’est pourquoi, il est important de rechercher les activités à risque dans le but d’orienter le diagnostic le plus rapidement possible et d’offrir un traitement efficace avant une multiplication
des atteintes.

La leptospirose : une maladie professionnelle, mais aussi de loisirs. La leptospirose est reconnue comme maladie professionnelle et est inscrite au tableau 19A du régime général et 5 du régime agricole(9). Liste non exhaustive de professions à risque :
– Professionnels de l’eau et de l’assainissement,
– Professionnels des chantiers,
– Professionnels d’entretien des espaces verts,
– Professionnels d’encadrement d’activités ou de sauvetage en milieu aquatique (hors domaine maritime),
– Professionnels en contact avec des mammifères et des rongeurs.
La population générale est exposée au risque lors des baignades ou des activités de loisirs en eau douce comme le
kayak, le triathlon, la pêche, la chasse …
La leptospirose : comment se protéger ? La prévention (10) en milieu professionnel est un point majeur. Prévention collective (11) : Lutter contre les réservoirs : limiter la prolifération des rongeurs, gérer les déchets, identifier des zones spécifiques et assurer la collecte des déchets régulièrement.
Prévention individuelle (11) :
– Port des équipements de protection adaptés à l’activité (bottes, combinaison, lunettes…).
– Eviter tout contact des mains souillées avec les yeux, le nez ou la bouche.
– Désinfecter et protéger les plaies cutanées.
– Vaccination des sujets exposés. L’utilisation doit être définie sur la base des recommandations officielles sur évaluation du médecin.
La leptospirose : obligation légale de protection du salarié : L’employeur a une obligation de sécurité de résultats, et pas seulement de moyens, ce qui signifie qu’il doit assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des salariés(12). En cas de manquement, dans les cas les plus extrêmes, l’employeur risque :
– Jusqu’à 480 000 € de renchérissement du compte entreprise AT/MP à rembourser à la sécurité sociale(13).
– Jusqu’à 5 ans d’emprisonnement (14) assortis d’une amende pour l’équipe dirigeante en cas de négligence, manquement à une obligation de sécurité ou faute inexcusable, causant un dommage au salarié.

Même en l’absence de maladie, certaines sociétés ont été condamnées pour ne pas avoir pris les mesures suffisantes de protection de leurs employés potentiellement à risque de leptospirose. Ces dernières années, au moins une demi-douzaine de cas portés devant les tribunaux se sont soldés par des indemnités versées allant jusqu’à 23 000 €(15). Les plaignants n’avaient pas nécessairement contracté la maladie.
Information à : leptospirose@imaxio.com / http://www.imaxio.fr/leptospirose.html

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