Historique de l’invasion biologique de deux rongeurs exotiques envahissants et conséquences sur les milieux colonisés

Gérald GUEDON
Docteur-Ingénieur, Directeur de la FREDON Pays de la Loire

Dans notre propos, nous nous attacherons à comprendre pourquoi le Ragondin (Myocastor coypus) et le Rat musqué (Ondatra zibethicus) ont réussi à envahir entièrement le territoire français, sans pouvoir être freinés dans leur progression, ni sans que l’une d’elles ne s’impose réellement aux dépens de l’autre.

Après avoir exprimé une définition de l’invasion biologique, nous rappellerons les différentes barrières qu’un taxon doit franchir pour que l’on parle alors d’espèce exotique envahissante, avec les impacts qui peuvent accompagner son installation dans les milieux colonisés.

Nous aborderons ensuite les différentes causes pouvant expliquer le succès de l’invasion des deux rongeurs. Elles sont liées en premier aux conditions d’introduction des espèces. Une fois dans la nature, l’absence de contraintes biologiques, les capacités propres des deux espèces et certains de leurs comportements ont facilité leur progression. Nous verrons que d’autres facteurs sont intervenus, en lien avec le manque de réactivité de l’homme.
Nous constaterons aussi que des facteurs favorables aux espèces peuvent encore interagir et inquiéter les gestionnaires des milieux dans lesquels le Ragondin et le Rat musqué vivent depuis les années 1930 : le climat, dans sa phase hivernale rigoureuse, seul paramètre qui appuyait les efforts de l’homme dans ses actions de lutte, évolue au bénéfice des populations de rongeurs envahissants.

Le corollaire de cette réussite dans le processus d’invasion biologique se traduit par des conséquences importantes et parfois graves, touchant aussi bien le domaine de l’économie que celui de la conservation de la biodiversité ou encore celui de la santé publique.

Ce constat dressé, outre sa fonction de présentation des enjeux qui ont conduit aux actions de lutte menées contre ces deux espèces depuis près de 40 ans, se veut une prise de conscience des enjeux de demain afin de mobiliser tous les acteurs concernés par la problématique.  Une réflexion commune s’impose, afin de rechercher de nouvelles solutions sur un plan technique, réglementaire, financier et humain, et stopper ainsi la menace qui pèse sur les milieux humides dont leur spécificité a souvent justifié le statut de parc naturel régional, de zone NATURA 2000, de ZNIEFF ou autres labels destinés à conserver la biodiversité existante.

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