Les enjeux de santé publique pour les espèces animales

Thierry RENAUDINEAU
Directeur technique du GDS de la Vendée

Contribution des rongeurs aquatiques aux zoonoses transmissibles aux animaux d’élevage

Les milieux humides constituent souvent pour les animaux d’élevage des zones à risque sanitaire. Ce sont en effet des biotopes qui peuvent être favorables à la survie de certains pathogènes et aussi héberger une faune sauvage réceptive aux mêmes infections que les animaux d’élevage. A cet égard, les rongeurs aquatiques peuvent jouer un rôle épidémiologique plus ou moins important vis-à-vis des troupeaux d’élevage en tant que réservoir de maladie ou simplement comme espèces réceptives à un pathogène participant à sa multiplication dans l’environnement. Deux maladies sont emblématiques des milieux humides : ce sont la Grande Douve du foie et la leptospirose, toutes deux transmissibles à l’Homme. Une troisième, la salmonellose à laquelle les rongeurs, comme les animaux d’élevage mais aussi l’homme sont réceptifs et sensibles, mérite d’être signalée.

La Grande Douve du foie ou Fasciola hépatiqua

La grande douve est une parasitose des milieux humides. L’agent responsable est un parasite qui prospère dans le foie des ruminants, en particulier chez les moutons et les ovins. Elle entraîne des pertes économiques importantes pour ces deux espèces car elle provoque des retards de croissance, une baisse de la production laitière, une mauvaise qualité de colostrum et la saisie à l’abattoir.
Le cycle biologique de cette parasitose fait intervenir un hôte définitif (le mouton ou le bovin par exemple) chez lequel les larves adultes pondent des oeufs, lesquels sont excrétés dans l’environnement dans les matières fécales. Les embryons issus des oeufs vont partir à la recherche de l’hôte intermédiaire, un escargot aquatique, appelé limnée tronquée, nécessaire à la poursuite de leur développement. Les animaux se contaminent ensuite en consommant les végétaux sur lesquels se sont fixées les métacercaires, forme ultime du développement du parasite dans le milieu extérieur.
Les ragondins peuvent, à l’instar des bovins et des ovins, contribuer au cycle biologique de cette parasitose en tant qu’hôte définitif, et participer ainsi à la contamination des prairies même en l’absence de bovins ou d’ovins. Chez l’homme, les cas de contamination sont rares, mais semblent toutefois en augmentation. La contamination se produit par consommation de cresson sauvage (ou de cressonnière), ou de pissenlit de prairies humides. Les symptômes lorsqu’ils apparaissent se manifestent de manière diverse : douleurs hépatiques, phases d’ictères, alternance d’épisodes de diarrhée et de constipation, fatigue générale…

La salmonellose

La salmonellose est due à une bactérie colonisatrice du tube digestif et capable de contaminer toutes les espèces animales, des insectes aux mammifères, en passant par les oiseaux et les reptiles. Elle entraîne diarrhée, fièvre, abattement, avortements et parfois mort des animaux. Chez l’Homme, la contamination peut se produire soit par la consommation d’aliments contaminés, soit par le contact avec les animaux. La maladie se manifeste alors par de la fièvre, des vomissements et de la diarrhée et évolue favorablement dans la grande majorité des cas en dehors des personnes fragiles. Les mesures de préventions en élevage passent par des mesures de biosécurité telle que le nettoyage et la désinfection régulière des bâtiments et par le contrôle des populations de rongeurs, lesquels contribuent à la multiplication et à la dispersion de la bactérie au sein des troupeaux.

La leptospirose, une maladie des milieux humides

La leptospirose est la maladie emblématique des milieux humides pouvant être reliée à la présence de rongeurs aquatiques. Chez les animaux d’élevage, elle provoque essentiellement des troubles de la reproduction et peut être entretenue ou amplifiée par les rongeurs, lesquels constituent le réservoir sauvage principal de la maladie.
L’agent infectieux, les leptospires, sont des bactéries très résistantes dans les milieux humides, et apprécient les températures entre 15 et 35°C ; elles sont par contre sensibles aux UV et aux pH acide. Il existe 250 leptospires différents (sérovars) selon les antigènes portés à leur surface, regroupés en 24 sérogroupes, chacun étant plus ou moins spécifique d’une ou plusieurs espèces animales.
Quasiment l’ensemble des mammifères sont réceptifs aux leptospires, mais les conséquences sont très variables d’une espèce à l’autre, de l’absence de symptômes jusqu’à des formes aigües pouvant aller jusqu’à la mort. Chez les animaux d’élevage (bovins, porcs, chevaux), elle se manifeste principalement sous forme chronique, c’est-à-dire par des avortements ou de l’infertilité. Chez le chien, par contre, la forme aigüe de la maladie domine, alors que chez les rongeurs aquatiques l’infection est inapparente.
La contamination se produit par pénétration des leptospires par la peau ou les muqueuses au contact d’eau ou d’aliments contaminés. Après une phase de dissémination dans le sang puis de migration vers le foie et les reins en particulier, les individus infectés excrètent la bactérie dans l’environnement par leurs urines.
Bien qu’il s’agisse d’une zoonose, la lutte contre la leptospirose n’est pas encadrée par l’Etat et sa gestion reste sous la responsabilité du propriétaire des animaux sur conseil de son vétérinaire. Pour les éleveurs, les moyens de prévention s’organisent autour de la maîtrise des populations de rongeurs et le contrôle de l’accès de leurs animaux aux zones à risque, que constituent les mares, les étangs, les cours d’eau…

Importance de la leptospirose chez les animaux d’élevage et chez les rongeurs

Différentes enquêtes sérologiques réalisées en France depuis une vingtaine d’année au sein de troupeaux confrontés à des problèmes d’avortements, montrent que 15 à 30 % des bovins testés dans ces cheptels, sont porteurs d’anticorps dirigés contre les leptospires. Cependant, la réponse positive à une sérologie constitue le marqueur du contact entre l’animal et la bactérie, mais n’implique pas nécessairement cette dernière dans les troubles observés. Il est nécessaire pour cela que certains animaux présentent des niveaux de positivité élevé traduisant une infection récente. En outre, la recherche du sérogroupe du ou des leptospires impliqués dans un épisode infectieux permet parfois de mettre en évidence une contamination interne au troupeau ou à l’inverse une contribution par les rongeurs aquatiques.
Chez les rongeurs (rat surmulot, ragondin et rat musqué), la prévalence sérologique se situe entre 50 et 60 %, ce qui fait de cette population sauvage un contributeur potentiel à la contamination des animaux d’élevage via l’excrétion des leptospires dans leurs urines. Cette excrétion, mesurée lors d’une enquête révèle que 10 % des rats musqués positifs sont porteurs de leptospires dans leurs tubes rénaux, contre 3% chez le ragondin et plus de 30 % chez le rat surmulot.

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