L’immuno-contraception : est-ce une technologie d’avenir ?

Corinne MARTINS
Directrice de la FREDON Auvergne

Les pullulations de campagnols terrestres préoccupent les zones d’élevage à l’herbe de Franche-Comté, du Massif Central et des Alpes.
Le Campagnol terrestre est un rongeur nuisible (au sens de l’arrêté du 31 juillet 2000), qui peut engendrer des dégâts très importants aux prairies mais aussi en arboriculture, en s’attaquant aux racines et au couvert végétal : mauvaise qualité du foin ou de l’herbe, risques de carence dans l’alimentation du bétail, présence accrue de germes butyriques dans le lait. Les exploitations peuvent subir des pertes économiques importantes pouvant aller jusqu’à 25 000 € (10 000 € pour assurer le re-semis, la régénération, et l’achat fourrage (ex. 70 ha de SAU)). Ce nuisible est aussi un vecteur de transmission de zoonoses (échinococcose alvéolaire). Les pics de pullulation se répètent tous les 5 ou 6 ans depuis une vingtaine d’années (voire tous les 3 ans dans certains secteurs). L’évolution du cycle est notamment limitée par l’action et l’abondance des prédateurs, les conditions climatiques, les parasites, les maladies et la capacité d’accueil du milieu.

Les connaissances acquises par la région Franche-Comté et l’Auvergne ont permis de comprendre  certains mécanismes de ces pullulations. Il semblerait que les modifications d’utilisation des sols et de l’entretien des parcelles, ainsi que l’ouverture des milieux permettent l’intensification des pullulations de campagnols terrestres. Aussi, les FREDON des régions concernées ont développé une boîte à outils qui, associés entre eux, peuvent agir sur les effectifs des populations de campagnols (réduction des pics de pullulation et de leurs impacts).

Cependant, avec les différents cahiers des charges qui accompagnent l’activité des agriculteurs et le manque de temps, il n’est pas facile de mettre en oeuvre l’ensemble des mesures qui permettraient de maintenir un seuil de campagnols terrestres à des niveaux économiquement tolérables pour l’exploitation agricole. De plus, il y a quelques années, l’utilisation de rodenticide sous forme d’appâts secs semblait avoir un impact négatif important sur la faune cible. Impact qui depuis a été limité réglementairement par une réduction drastique de l’utilisation de rodenticide par les éleveurs. Cette année, sous la pression d’un collectif d’agriculteurs/particuliers/élus, le Préfet du Massif Central a mis en place un groupe de suivi Scientifique du Campagnol Terrestre (Sous l’égide de Mme la Préfète du PDD mandatée par le Préfet du Massif Central).

L’objectif de ce groupe est de mettre en place une stratégie de recherche multipistes et de compléter la boite à outils existante. Entre autres travaux, il a été décidé de poursuivre une piste expérimentale qui avait été initiée en 2002 « le contrôle des populations de campagnols terrestres par l’immunocontraception ».

Par le Professeur Joël DREVET,
Professeur Université Blaise Pascal Clermont 2,
Directeur-adjoint UMPR/CNRS/INSERM « référent rongeur : biologiste-physiologiste
endocrinologiste-immunologiste »

Les pullulations importantes et l’expansion des aires de colonisation du rongeur fouisseur Arvicola terrestris scherman (Campagnol terrestre) dans les écosystèmes agronomiques et touristiques de moyenne montagne, sont des problèmes de plus en plus cruciaux en Auvergne, comme en Franche- Comté et dans d’autres pays voisins en Europe. L’incidence économique, écologique et environnementale est très importante et la situation préoccupante. Malgré une surveillance accrue et une lutte chimique raisonnée, le constat est fait qu’il est nécessaire de mieux articuler les stratégies de lutte et de développer de nouveaux outils. Le projet proposé consiste en la mise au point d’un vaccin contraceptif efficace pour juguler les pullulations cycliques du rongeur fouisseur nuisible Arvicola terrestris scherman (Campagnol terrestre). La stratégie expérimentale choisie (déjà initiée sur la période 2002-2005) consiste en la définition d’un ensemble d’antigènes spermatiques immunogéniques chez le campagnol conduisant à une réduction de la fertilité par interférence avec les processus de reconnaissance gamétique (fécondation). L’enjeu réside dans l’obtention d’un maximum de spécificité d’espèce associé à une grande efficacité compte tenu du fait que les voies d’immunisations possibles ne sont pas les plus favorables à la réponse immune chez les mammifères. Si un tel vaccin contraceptif peut être développé, il sera une alternative à la lutte chimique utilisée à ce jour.

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