Quelle stratégie de gestion durable des rongeurs exotiques envahissants serait acceptable au regard de la société ?

Olivier SIGAUT
Enseignant en sociologie et politiques publiques de l’environnement, Université de Bordeaux Montaigne laboratoire MICA/centre Durkheim Science-po Bordeaux / Ministère de l’Agriculture

Dans notre présentation nous nous intéresserons à montrer comment la nature constitue une construction à la fois sociale et culturelle de type pluriséculaire. Pour ce faire nous ferons un peu d’ethnozoologie, c’est-à-dire de l’observation des relations existantes entre les mots et les choses dans le domaine de l’écologie. Nous essaierons de comprendre comment les espèces deviennent progressivement des auxiliaires de l’homme ou, au contraire, des concurrents redoutables qu’il faut éliminer à tout prix.

Ensuite nous nous intéresserons à la manière dont l’Etat a pu progressivement encourager des proto-politiques publiques d’introduction du myocastor (du ragondin), voire même pour d’autres espèces (rat musqué, vison, etc.), et ce dans un but purement lucratif. C’est ce que nous qualifierons de (para) doxes de l’invention du ragondin.

Puis dans le cadre de ce que nous qualifions : « d’une sociologie ordinaire et modeste, d’une nature extraordinaire », nous nous intéresserons aux travaux pionniers en Belgique de Catherine Mougenot (spécialiste du ragondin). Ses recherches portent sur une approche de type éco-systémique, voire même socioécosystémique des villes. Catherine Mougenot y observe en particulier que les espèces acclimatées (volontairement ou non) dans les villes, constituent souvent une des formes d’expression de l’appropriation de la ville par ses habitants. Des recherches qui, à l’image de celles sur des thématiques analogues de Bernadette Lizet, Nathalie Blanc, Philippe Clergeau et nous-même, présentent une analyse originale en termes d’écologie humaine. C’est-à-dire de la relation entre humains et non humains dans l’espace urbain, dans une dimension à la fois anthropologique et politique. Pour faire ce type de recherches dans le domaine de l’écologie humaine et urbaine, il y a nécessité de faire de l’interdisciplinarité, voire même de la transdisciplinarité.

Puis nous ferons ce que nous appelons une socio-anthropologie de la nature ordinaire et de l’espace public. En particulier en nous intéressant aux controverses liées à la présence du ragondin. En analysant notamment le traitement médiatique de cette problématique, qui participe à ce que nous nommons aujourd’hui un agir communicationnel.

Enfin nous en tirerons à la lumière de ces différentes recherches des éléments de réponse à la problématique suivante : quelles politiques publiques acceptables pour la société et pour les institutions en matière de gestion du ragondin.
Pour ce faire nous partirons à la recherche de l’homme ragondin et nous analyserons une micro politique publique (bottom up) de valorisation et de gestion du ragondin. Nous essaierons de comprendre quelle peut être la gestion concrète et concertée possible (habitants, élus, techniciens, APN) au sein des villes. En particulier dans les secteurs périurbains, dans ce que l’on nomme aujourd’hui : les non lieux, les tiers lieux, voire même les hétérotopies.

Et pour conclure, nous présenterons la notion de : « bioécopolitique », qui consiste en une instrumentalisation de l’écologie par la société du spectacle, gouvernée à la fois par les intérêts politiques et économiques. En observant en particulier les multiples controverses qui en découlent.

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