Rongeurs aquatiques et autres vertébrés envahissants : enjeux, outils de suivi sur le terrain et perspectives à l’international

Mickaël SAGE
Cogérant du bureau d’étude et recherche Conseil et Diagnostic pour l’Eau et
l’Environnement, Docteur en écologie / écotoxicologie / expertises vertébrés terrestres, Expert rongeurs / rodenticides auprès de l’ANSES

Qu’il s’agisse de rongeurs aquatiques ou d’autres mammifères vertébrés, de nombreuses espèces sont catégorisées de par le monde comme Espèce Exotique Envahissante (EEE) ou Invasive Alien Species (IAS) en raison de leurs impacts sur la diversité biologique et/ou les activités humaines. L’introduction d’espèces étrangères, dites allogènes, est en effet aujourd’hui considérée au niveau mondial comme la deuxième cause directe de perte de biodiversité, juste après la destruction des habitats écologiques1. Ces mêmes espèces peuvent également occasionner des dégâts aux infrastructures, aux agro-cultures ou sylvicultures et aux denrées alimentaires stockées ou encore représenter un risque de transmission de pathogènes pour l’Homme ou la faune domestique et sauvage.

Face à ces enjeux et leurs implications dans le contexte de changements globaux, l’Union International pour la Conservation de la Nature (IUCN)3 ainsi que la Convention sur la Diversité Biologique (CBD)4 ont émis des recommandations internationales à destination des Etats afin de prévenir l’introduction de nouvelles espèces, d’éradiquer les espèces déjà introduites et causant des problèmes majeurs, ou à défaut de contrôler leur population (confinement).

La plupart des éradications réalisées avec succès l’ont été jusqu’à présent sur des milieux insulaires de petite taille. Elles représentent par exemple 89% des opérations réussies en Europe5,6. Dans ce contexte, à une échelle spatiale fine, la relation entre les moyens mis en oeuvre, le coût et conditions de succès des opérations est relativement bien décrite. Malheureusement, les exemples d’éradication conduits sur une plus large échelle sont beaucoup moins nombreux et documentés.

Nous nous attacherons ici à présenter une synthèse des enjeux, des outils de suivis et des mesures mises en oeuvre à une plus large échelle (> 1 000 km²) lors d’exemples caractéristiques d’opérations d’éradication de mammifères envahissants. Nous centrerons notre exposé sur deux rongeurs aquatiques : le rat musqué (Ondata zibethicus) et le ragondin (Myocastor coypus) ainsi que sur deux petits carnivores : le vison d’Amérique (Mustela vison) et le chat ensauvagé (Felis catus), dans plusieurs pays européens bénéficiant d’une importante expérience sur cette problématique (Grande-Bretagne, Irlande et Belgique), mais également en Océanie (Nouvelle-Zélande / Australie). Une attention particulière sera apportée à la présentation des stratégies mises en place et de leurs perfectionnements en relation avec les conditions de succès de ces opérations afin d’alimenter notre réflexion et de fixer des objectifs plus ambitieux dans le domaine de la gestion des rongeurs aquatiques envahissants.

About the Author